Avec la montée en puissance des Intelligence Artificielle (IA), des agents conversationnels, chatGPT ou autres, je me demande si nous avons atteint un nouveau point de rupture technologique, ce fameux seuil que décrit Illich à partir duquel l’outil ne sert plus l’homme.
Alors pourquoi l’IA et les outils qui en découlent (l’IA générative, chatGPT etc…) ne sont pas des outils conviviaux ?
Pour bien comprendre cet article et les enjeux, je vous invite à lire mon article sur la convivialité.
- L’aspect écologique
Les outils liés à l’intelligence artificielle se basent sur des jeux de données conséquents. Les data center (centre de données) utilisés pour stocker ces données s’étendent sur de grands espaces et consomment une quantité d’énergie folle (pour les serveurs, les routeurs et les systèmes de refroidissement). Par exemple, un data center qui s’étendrait sur 10 000 m² consomme l’équivalent d’une ville de 50 000 habitants.
Plus les outils basés sur l’IA se développeront et plus il faudra fournir de l’énergie pour alimenter les data center. Aussi, les progrès rapides réalisés dans ce domaine ces dernières années (les versions de ChatGPT se succèdent mois après mois) font que, les IA génératives en particulier, sont rentrés dans le quotidien de beaucoup de personnes.
Il n’est pas rare que des gens aient recours systématiquement à ChatGPT pour le travail, pour des conseils amoureux, relationnels, financiers ou par curiosité.
Et l’effet rebond joue aussi un rôle important. Plus ces outils seront rendus facile d’accès, (peu cher car la plupart sont aujourd’hui gratuit) et plus les gens auront tendance à l’utiliser.
Or, le coût energétique de ces outils font qu’ils ne sont pas conviviaux. Ils consomment trop d’énergie, occupent trop d’espace et à long et court terme restent un véritable frein à la transition écologique.
2. L’aspect humain
C’est génial, on peut tout apprendre ou presque avec ChatGPT. Dernièrement, j’ai réalisé un court projet en appuyant sur des recommandations de ChatGPT. Puis quelques semaines après avoir réalisé les premières étapes de mon projet, en discutant avec un ami “expert” sur le sujet, je me suis rendu compte que ChatGPT m’avait quelque peu induit en erreur sur pas mal de choses.
Alors on pourrait imaginer un futur plus ou moins proche où ChatGPT et les autres IA génératives seraient à même de toujours nous indiquer la bonne marche à suivre. Après tout, n’est-ce pas déjà ce qui se produit ? Trouver l’information exacte n’a jamais été chose aisée alors si un outil nous facilite la tâche pourquoi ne pas s’en servir ?
Qui plus est, l’accès à la connaissance n’est-il pas plus facile ? Plus besoin de livre, de bibliothèques ou d’aller à l’université, une simple requête (entendez par là question) sur ChatGPT et les portes du savoir vous sont ouvertes.
Mais encore une fois est-ce souhaitable ? Est-ce réellement la société sans école dont Illich nous parlait ? Est-ce réellement la révolution du système éducatif que l’on attendait ?
Non.
Rompre le contact humain, le lien entre un sachant qui souhaite transmettre son savoir et un apprenti ne sera jamais la réponse.
La poursuite de connaissance doit se faire dans un échange d’idées, dans une discussion, dans un rapport entre humain qui se veut convivial c’est-à-dire d’égal à égal, sans a priori, sans préjugé, sans rapport de supériorité.
3. Les limites de l’IA
L’IA ne peut résoudre tous nos problèmes. Penser le contraire serait faire preuve de corpucopianisme. Les hommes n’arriveront pas toujours, par le biais de la science et du progrès, à résoudre tous les problèmes contemporains et futurs auquels se confrontera notre société.
Utiliser l’IA pour résoudre le problème écologique est une faille de la pensée, une défaite. Nous ne pouvons utiliser un outil qui fait partie du problème pour le résoudre.
Ici, j’ai principalement parlé des IA génératives qui s’appuient sur des modèles mathématiques très poussées (des jeux de neuronnes qui consistent à créer des liens entre des jeux de données) mais les domaines d’application de l’IA se veulent plus vastes.
Du moins c’est ce qui nous est vendu.
L’IA est censée révolutionner notre industrie : c’est-à-dire nous permettre de produire plus pour moins cher.
L’IA est censée révolutionner nos rapports humains et notre société : c’est-à-dire nous apprendre à mieux travailler ensemble, à mieux communiquer, somme toute à être plus humain ?
L’IA est censée être la dernière couche de l’automatisation du travail. Celle qui nous permettra d’automatiser toutes les tâches pénibles et répétitives.
L’IA doit révolutionner l’éducation et nos institutions.
Mais comment pouvons-nous remettre autant de questions vitales sur une technologie qui est maîtrisée par une poignée d’entreprises et d’expert ?
C’est bien là le propre d’un outil non convivial.
D’autant plus que l’IA a des limites.
L’IA ne vous apprendra pas à devenir menuisier, ni à peindre, ni à coudre ou à dessiner. Toutes les activités manuelles resteront hors de portée de l’IA.
L’IA ne vous apprendra pas plus à être coiffeur ou artisan de manière générale.
L’IA ne remplacera pas ces amis qui sont là à votre écoute quand vous n’allez pas bien.
Et la liste d’exemples pourrait bien se prolonger.
Bref, voici les quelques limites de cet outil formidable censé révolutionner le monde.
D’ailleurs, faudra-t-il un jour créer un label humain pour toutes les productions réalisées sans IA ?
Alors la prochaine fois que vous aurez recours à l’IA, posez-vous la question, qu’aurais-je fait dans un monde sans IA ?
Karl
Cet article a été rédigé sans recours à l’IA.

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